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Page:Hugo - La pitié suprême, 1879.djvu/92

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Mendier, grelotter, avoir froid, avoir faim,
Être le chien humain d’un vil troupeau qui broute,
Garder les porcs, casser des pierres sur la route !
L’homme de l’arsenal qui traîne des fardeaux
Ayant comme un cheval des bricoles au dos,
Le chanteur de la rue à qui le souffle manque,
Le geindre gémissant la nuit, le saltimbanque
Attendant qu’on lui jette un sou dans son chapeau,
Le pêcheur qui toujours a de l’eau sur la peau,
Le nègre entortillant ses fers d’une guenille
Pour ne pas trop sentir le froid de la manille,
Les mineurs enfouis dans leur puits ténébreux,
Ceux-là sont les choisis, ceux-là sont les heureux !
Oh ! je le crie, avant qu’il fût né, qu’on réponde,
Qu’est-ce qu’il avait fait, terre, astres, nuit profonde,
Ciel fatal, pour ne pas être un de ces élus !

Ou si décidément du jour il est exclus,
Si le destin lui tend quelque implacable embûche,
S’il faut que dans le crime et le mal il trébuche,
Eh bien ! rôder aux bois, tuer dans la forêt,