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Page:Hugo - La pitié suprême, 1879.djvu/90

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Qu’est-ce qu’il avait fait, ce pauvre être innocent,
Pour être le tyran, pour être une âme noire,
Pour être le damné sinistre de l’histoire,
Pour être un spectre en fuite au souffle des courroux,
Pour que tous les carcans et que tous les verrous,
Tous les gibets froissant leurs tragiques ferrailles,
Toutes les, visions d’ombre et de funérailles,
Tous les vols de corbeaux, tous les vols de vautours,
Passent autour de lui toujours, toujours, toujours !
Qu’est-ce qu’il avait fait pour être Périandre,
Busiris, Constantin, Charles neuf ? pour entendre
Les gouffres à jamais aboyer après lui ?

S’il eût vu ce destin funèbre, il aurait fui.
Est-ce qu’il n’avait pas aussi lui, dans ces limbes
Où l’être avant d’éclore erre parmi les nimbes
Et d’où l’âme en tremblant sur ce globe s’abat,
Droit à la mère blême et pauvre du grabat ?
Avait-il mérité l’exception terrible ?
O Dieu qui vannes l’homme aux trous noirs de ton crible