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Page:Hugo - La pitié suprême, 1879.djvu/81

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Je suis dieu. Comme un dieu qu’on m’adore et me prie ! ―
Les magistrats ont dit : Peuple ! c’est le devoir.
Un jour, fou furieux, il a souhaité voir
Des gavials manger des hommes ; les édiles
Ont fait faire un palais de marbre aux crocodiles.
Qu’est-ce que l’univers ? un immense valet.
Le bien, le juste, ô roi, c’est tout ce qui vous plaît.
S’il veut verser du sang, le sang est une gloire,
Le sang est une pourpre ; et s’il désire en boire,
On rendra grâce aux Dieux de la soif de Néron.
La guerre l’étourdit de son vaste clairon.
Caïphe, ayant au cœur Satan, Dieu sur la langue,
Le déclare clément et bon, et le harangue ;
Tous les bruits qu’il entend font de la surdité ;
La terre entière semble en sa stupidité
Comploter lâchement l’égarement d’un homme ;
Sous le roi bête fauve on est bête de somme ;
Le monde tend l’échine au bât, la tête aux coups ;
Les Romes, les Paris, les Londres, les Moscous,
Bacon et sa raison, Virgile avec sa lyre,
Vont se rapetissant sous ce nain en délire ;