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Page:Hugo - La pitié suprême, 1879.djvu/30

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Supposons-nous l’enfant, l’ignorant, l’innocent,
Avec le genre humain sous nos regards gisant,
Et la terre à nos pieds, vertigineuse et grande,
Qu’on nous donne ! ― A présent, qu’une voix nous demande
A nous qui sommes là, béants, sans point d’appui :
― Est-il un seul de vous qui réponde de lui ?
Est-il un seul de vous qui dise : Je suis l’être
Que n’éblouira point cette vaste fenêtre
Du pouvoir radieux, gigantesque et charmant ;
L’âme supérieure à l’empoisonnement ;
Je suis l’enfant plus sage et plus fort que l’ivresse,
Et je ne croirai point la voix qui me caresse ;
La terre apparaîtra comme un banquet joyeux,
Le monde s’offrira, je fermerai les yeux ;
On me tendra l’orgueil, la volupté, la gloire,
Et je refuserai, moi l’ignorant, d’y boire ;
Moi qui ne saurai rien, je devinerai tout !
Est-il un seul de vous qui verra tout à coup,
Grâce aux hommes de ruse et de scélératesse,
S’ouvrir, sous sa faiblesse et sous sa petitesse,
Ce gouffre de splendeur, sans en devenir fou ?