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Page:Hugo - La pitié suprême, 1879.djvu/12

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Pourquoi m’insultes-tu, moi qui pleure ? L’ulcère
N’a-t-il donc plus le droit de dénoncer la serre,
La dent et la tenaille ? et, quelle est ton erreur !
C’est moi le deuil ; c’est moi l’effroi ; c’est moi l’horreur ;
L’étoile flamboyante allongée en épée,
C’est moi ; je suis l’immense et funèbre épopée
Qu’écrit au mur du crime une lugubre main.
Et quant à ma justice, ô ver de terre humain,
Je m’appelle Isaïe et je m’appelle Dante. ―

Quel esprit ne plierait sous cette voix grondante ?
Elle est la conscience ; elle a raison ; pourtant
Après qu’elle a parlé le cœur n’est pas content,
Et l’on entend, au fond de l’infini qui pense,
Comme un profond soupir d’une autre conscience ;
Et le songeur frissonne et reste soucieux
Entre ce cri terrestre et ce soupir des cieux.
Oh ! ces Dantes géants, ces vastes Isaïes !
Ils frappent les fronts vils et les têtes haïes ;
Ils ont pour loi punir, trancher, supplicier ;