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Les premiers artistes qui ont eu l’honneur de l’interpréter ont tous disparu ; ils ont été deux fois et brillamment remplacés ; les générations se sont succédé, les gouvernements sont tombés, les révolutions se sont multipliées ; l’œuvre a survécu à tout et à tous, de plus en plus acclamée, de plus en plus jeune…

Et il semble qu’elle ait communiqué au poète quelque chose de son éternelle jeunesse ! Le temps n’a pas pas de prise sur vous, cher maître ; vous ne connaissez pas de déclin ; vous traversez tous les âges de la vie sans sortir de l’âge viril ; l’imperturbable fécondité de votre génie, depuis un demi-siècle et plus, a couvert le monde de sa marée toujours montante ; les résistances furieuses de la première heure, les aigres rébellions de la seconde se sont fondues dans une admiration universelle ; les derniers réfractaires sont rentrés au giron ; et vous donnez aujourd’hui ce rare et magnifique spectacle d’un grand homme assistant à sa propre apothéose et conduisant lui-même le char du triomphe définitif que ne poursuit plus l’insulteur.

Quand La Bruyère, en pleine Académie, saluait Bossuet père de l’Église, il parlait d’avance le langage de la postérité ; vous, cher maître, c’est la postérité même qui vous entoure ici, c’est elle qui vous salue et vous porte ce toast :

Au père !

Il nous serait impossible de rendre l’émotion produite par ces belles et généreuses paroles. Quand l’auteur de tant d’œuvres applaudies, et si justement, a si modestement et si dignement parlé des « réfractaires rentrés au giron », il y a eu, dans l’explosion des applaudissements, en même temps qu’une vive admiration pour l’orateur, une profonde cordialité pour l’homme.

Le deuxième toast a été porté, au nom de la Comédie-Française, par M. Delaunay :

Messieurs,

En l’absence du notre administrateur général, retenu par un deuil de famille, permettez-moi, comme l’un des doyens de la compagnie, de prendre la parole au nom de