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Au dessert, le directeur du théâtre des Nations, M. Bertrand, a remercié en paroles émues l’auteur de Notre-Dame de Paris.

Mme Laurent a dû redire les vers de Théodore de Banville.

Alors Victor Hugo s’est levé et a dit :

Je ne dirai que peu de mots.

Tous les remerciements, c’est moi qui les dois. Je ne suis pas l’auteur du drame, je ne suis que l’auteur du livre.

Mon âge accepte ; l’acceptation est une forme de la déférence. Cette grande poésie qu’on vient d’entendre, cette affection dont on m’a donné tant d’éloquents témoignages, j’accepte tout, et je m’incline. Mais acceptez aussi mon émotion et ma reconnaissance. Je les offre à votre cordialité, messieurs ; je les dépose à vos pieds, mesdames.

Je rends à mon admirable ami Paul Meurice ce qui lui est dû.

Chers confrères, chers auxiliaires, donnons à tout ce qui est en dehors de nous le spectacle utile et doux de notre union profonde. Cela apaise les colères de voir des sourires.

Qu’au-dessus et au delà des discussions religieuses et des haines politiques on sente notre intime fraternité littéraire. Nous faisons de la civilisation.

Il existe une tradition, la plus antique de toutes, ce n’est pas ici le lieu de la critiquer, mais, dans tous les cas, cette tradition est un beau symbole, la voici : Le Verbe a créé le monde. Eh bien, s’il est vrai, comme on l’a dit, et comme je le crois, que Dieu et le Peuple soient d’accord, la littérature est le verbe du peuple.

Insistons-y, c’est la littérature qui fait les nations grandes. Trois villes, seules dans l’histoire, ont mérité ce nom : urbs, qui semble résumer la totalité de l’esprit humain à un moment donné. Ces trois villes sont : Athènes, Rome, Paris. Eh bien, c’est par Homère et Eschyle qu’Athènes existe, c’est par Tacite et Juvénal que Rome domine, c’est par Rabelais, Molière et Voltaire que Paris règne. Toute l’Italie