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pas coupable, dit-on, aujourd’hui. Elle a pris… (Bruit dans quelques parties de la salle. )

M. LE PRÉSIDENT. - Messieurs, veuillez faire silence. Le bruit interrompt l’orateur et prolonge la discussion.

M. VICTOR HUGO. - Il est extrêmement difficile de parler à l’Assemblée, si elle ne veut pas laisser l’orateur achever sa pensée.

De tous côtés. - Parlez ! parlez ! continuez !

M. LE PRÉSIDENT. - Monsieur Victor Hugo, les interpellations n’ont pas la signification que vous leur attribuez.

M. VICTOR HUGO. - J’ai dit que la Prusse est sans droit. Les prussiens sont vainqueurs, soit ; maîtriseront-ils la France ? non ! Dans le présent, peut-être ; dans l’avenir, jamais ! (Très bien ! – Bravo !)

Les anglais ont conquis la France, ils ne l’ont pas gardée ; les prussiens investissent la France, ils ne la tiennent pas. Toute main d’étranger qui saisira ce fer rouge, la France, le lâchera. Cela tient à ce que la France est quelque chose de plus qu’un peuple. La Prusse perd sa peine ; son effort sauvage sera un effort inutile.

Se figure-t-on quelque chose de pareil à ceci : la suppression de l’avenir par le passé ? Eh bien, la suppression de la France par la Prusse, c’est le même rêve. Non ! la France ne périra pas ! Non ! quelle que soit la lâcheté de l’Europe, non ! sous tant d’accablement, sous tant de rapines, sous tant de blessures, sous tant d’abandons, sous cette guerre scélérate, sous cette paix épouvantable, mon pays ne succombera pas ! Non !

M. THIERS, chef du pouvoir exécutif. - Non !

De toutes parts. - Non ! non !

M. VICTOR HUGO. - Je ne voterai point cette paix, parce que, avant tout, il faut sauver l’honneur de son pays ; je ne la voterai point, parce qu’une paix infâme est une paix terrible. Et pourtant, peut-être aurait-elle un mérite à mes yeux : c’est qu’une telle paix, ce n’est plus la guerre, soit, mais c’est la haine. (Mouvement.) La haine contre qui ?