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ne sera jamais fait. Jamais, jamais ! Prendre n’est pas posséder. Possession suppose consentement. Est-ce que la Turquie possédait Athènes ? Est-ce que l’Autriche possédait Venise ? Est-ce que la Russie possède Varsovie ? (Mouvement.) Est-ce que l’Espagne possède Cuba ? Est-ce que l’Angleterre possède Gibraltar ? (Rumeurs diverses.) De fait, oui ; de droit, non ! (Bruit.)

Voix à droite. - Ce n’est pas la question !

M. VICTOR HUGO. - Comment, ce n’est-pas la question !

À gauche. - Parlez ! parlez !

M. LE PRÉSIDENT. - Veuillez continuer, monsieur Victor Hugo.

M. VICTOR HUGO. - Là conquête est la rapine, rien de plus. Elle est un fait, soit ; le droit ne sort pas du fait. L’Alsace et la Lorraine – suis-je dans la question ? – veulent rester France ; elles resteront France malgré tout, parce que la France s’appelle république et civilisation ; et la France, de son côté, n’abandonnera rien de son devoir envers l’Alsace et la Lorraine, envers elle-même, envers le monde.

Messieurs, à Strasbourg, dans cette glorieuse Strasbourg écrasée sous les bombes prussiennes, il y a deux statues, Gutenberg et Kléber. Eh bien, nous sentons en nous une voix qui s’élève, et qui jure à Gutenberg de ne pas laisser étouffer la civilisation, et qui jure à Kléber de ne pas laisser étouffer la république. (Bravo ! bravo ! – Applaudissements.)

Je sais bien qu’on nous dit : Subissez les conséquences de la situation faite par vous. On nous dit encore : Résignez-vous, la Prusse vous prend l’Alsace et une partie de la Lorraine, mais c’est votre faute et c’est son droit ; pourquoi l’avez-vous attaquée ? Elle ne vous faisait rien ; la France est coupable de cette guerre et la Prusse en est innocente.

La Prusse innocente !… Voilà plus d’un siècle que nous assistons aux actes de la Prusse, de cette Prusse qui n’est