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Les Assemblées ont un meuble qu’on appelle la tribune. Quand les Assemblées seront ce qu’elles doivent être, la tribune sera en marbre blanc, comme il sied au trépied de la pensée et à l’autel de la conscience, et il y aura des Phidias et des Michel-Ange pour la sculpter. En attendant que la tribune soit en marbre, elle est en bois, et, en attendant qu’elle soit un trépied et un autel, elle est, nous venons de le dire, un meuble. C’est moins encombrant pour les coups d’état ; un meuble, cela se met au grenier. Cela en sort aussi. La tribune actuelle du sénat a eu cette aventure.

Elle est en bois ; pas même en chêne ; en acajou, avec pilastres et cuivres dorés, à la mode du directoire, et au lieu de Michel-Ange et de Phidias elle a eu pour sculpteur Ravrio. Elle est vieille, quoiqu’elle semble neuve. Elle n’est pas vierge. Elle a été la tribune du conseil des anciens, et elle a vu l’entrée factieuse des grenadiers de Bonaparte. Puis, elle a été la tribune du sénat de l’empire. Elle l’a été deux fois ; d’abord après le 18 Brumaire, ensuite après le 2 Décembre. Elle a subi le défilé des éloquences des deux empires ; elle a vu se dresser au-dessus d’elle ces hautes et inflexibles consciences, d’abord l’inaccessible Cambacérès, puis l’infranchissable Troplong ; elle a vu succéder la chasteté de Baroche à la pudeur de Fouché ; elle a été le lieu où l’on a pu, à cinquante ans d’intervalle, comparer à ces fiers sénateurs, les Sieyès et les Fontanes, ces autres sénateurs non moins altiers, les Mérimée et les Sainte-Beuve. Sur elle ont rayonné Suin, Fould, Delangle, Espinasse, M. Nisard.

Elle a eu devant elle un banc d’évêques dont aurait pu