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effroyable autel de Moloch, le quemadero de Séville. C’est lui qui a superposé à la Rome romaine la Rome papale, monstrueux étouffement de Caton sous Borgia.

La dialectique a une double loi, voir de haut et serrer de près. Les gouvernements-prêtres ne résistent à aucune de ces deux formes du raisonnement ; de près, on voit leurs défauts ; de haut, on voit leurs crimes.

La griffe est sur l’homme et la patte est sur l’enfant. L’histoire faite par Torquemada est racontée par Loriquet.

Sommet, le despotisme ; base, l’ignorance.



VIII


Rome a beaucoup de bras. C’est l’antique hécatonchire. On a cru cette bête fabuleuse jusqu’au jour où la pieuvre est apparue dans l’océan et la papauté dans le moyen âge. La papauté s’est d’abord appelée Grégoire VII, et elle a fait esclaves les rois ; puis elle s’est appelée Pie V, et elle a fait prisonniers les peuples. La révolution française lui a fait lâcher prise ; la grande épée républicaine a coupé toutes ces ligatures vivantes enroulées autour de l’âme humaine, et a délivré le monde de ces nœuds malsains, arctis nodis relligionum, dit Lucrèce ; mais les tentacules ont repoussé, et aujourd’hui voilà que de nouveau les cent bras de Rome sortent des profondeurs et s’allongent vers les agrès frissonnants du navire en marche, saisissement redoutable qui pourrait faire sombrer la civilisation.

À cette heure, Rome tient la Belgique ; mais qui n’a pas la France n’a rien. Rome voudrait tenir la France. Nous assistons à ce sinistre effort.

Paris et Rome sont aux prises.