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Rome, c’est Innocent III, Pie V, Alexandre VI, Urbain VIII, Arbuez, Cisneros, Lainez, Grillandus, Ignace.

Nous venons d’indiquer les écoles. À présent voyons les élèves. Confrontons.

Regardez ces hommes ; ils sont, j’y insiste, ceux qui n’ont rien ; ils portent tout le poids de la société humaine ; un jour ils perdent patience, sombre révolte des cariatides ; ils s’insurgent, ils se tordent sous le fardeau, ils livrent bataille. Tout à coup, dans la fauve ivresse du combat, une occasion d’être injustes se présente ; ils s’arrêtent court. Ils ont en eux ce grand instinct, la révolution, et cette grande lumière, la vérité ; ils ne savent pas être en colère au delà de l’équité ; et ils donnent au monde civilisé ce spectacle sublime qu’étant les accablés, ils sont les modérés, et qu’étant les malheureux, ils sont les bons.

Regardez ces autres hommes ; ils sont ceux qui ont tout. Les autres sont en bas, eux ils sont en haut. Une occasion se présente d’être lâches et féroces ; ils s’y précipitent. Leur chef est le fils d’un ministre ; leur autre chef est le fils d’un sénateur ; il y a un prince parmi eux. Ils s’engagent dans un crime, et ils y vont aussi avant que la brièveté de la nuit le leur permet. Ce n’est pas leur faute s’ils ne réussissent qu’à être des bandits, ayant rêvé d’être des assassins. Qui a fait les premiers ? Paris.

Qui a fait les seconds ? Rome.

Et, je le répète, avant l’enseignement, ils se valaient. Enfants riches et enfants pauvres, ils étaient dans l’aurore les mêmes têtes blondes et roses ; ils avaient le même bon sourire ; ils étaient cette chose sacrée, les enfants ; par la faiblesse presque aussi petits que la mouche, par l’innocence presque aussi grands que Dieu.

Et les voilà changés, maintenant qu’ils sont hommes ; les uns sont doux, les autres sont barbares. Pourquoi ? c’est que leur âme s’est ouverte, c’est que leur esprit s’est saturé d’influences dans des milieux différents ; les uns ont respiré Paris, les autres ont respiré Rome.