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a osé être fraternel ; dans un moment qui fait songer aux autodafés et aux dragonnades, il a pensé à l’évangile du bon samaritain ; dans un instant où l’on semble ne se souvenir que de Torquemada, il a osé se souvenir de Jésus-Christ ; il a élevé la voix pour dire une chose clémente et humaine ; il a entre-bâillé une porte de refuge à côté de la porte toute grande ouverte du sépulcre, une porte blanche à côté de la porte noire ; il n’a pas voulu qu’il fût dit que pas un cœur n’était miséricordieux pour ceux qui saignent, que pas un foyer n’était hospitalier pour ceux qui tombent ; à l’heure où l’on achève les mourants, il s’est fait ramasseur de blessés ; cet homme de 1871, qui est le même que l’homme de 1848, pense qu’il faut combattre les insurrections debout et les amnistier tombées ; c’est pourquoi il a commis ce crime, ouvrir sa maison aux vaincus, offrir un asile aux fugitifs. De là l’exaspération des vainqueurs. Qui défend les malheureux indigne les heureux. Ce forfait doit être châtié. Et sur l’humble maison solitaire, où il y a deux berceaux, une foule s’est ruée, criant tous les cris du meurtre, et ayant l’ignorance dans le cerveau, la haine au cœur, et aux mains des pierres, de la boue et des gants blancs.

L’assaut a manqué, point par la faute des assiégeants. Si la porte n’a pas été enfoncée, c’est que la poutre est arrivée trop tard ; si un enfant n’a pas été tué, c’est que la pierre n’a point passé assez près ; si l’homme n’a pas été massacré, c’est que le soleil s’est levé.

Le soleil a été le trouble-fête.

Concluons.

Laquelle de ces deux foules est la populace ? Entre ces deux multitudes, les misérables de Paris et les heureux de Bruxelles, quels sont les misérables ?

Ce sont les heureux.

Et l’homme de la place des Barricades avait raison de leur jeter ce mot méprisant au moment où l’assaut commençait.