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Sur cette table étaient les plus récentes pages de son œuvre interrompue,[note : Les Misérables.] et sur ces pages était jetée une grande feuille dépliée chargée de signatures. Cette feuille était une pétition des marins du Havre, demandant la revision des pénalités, et expliquant les insubordinations d’équipages par les cruautés et les iniquités du code maritime. En marge de la pétition étaient écrites ces lignes de la main du pair de France représentant du peuple : « Appuyer cette pétition. Si l’on venait en aide à ceux qui souffrent, si l’on allait au-devant des réclamations légitimes, si l’on rendait au peuple ce qui est dû au peuple, en un mot, si l’on était juste, on serait dispensé du douloureux devoir de réprimer les insurrections. »

Ce défilé dura près d’une heure. Toutes les misères et toutes les colères passèrent là, en silence. Ils entraient par une porte et sortaient par l’autre. On entendait au loin le canon.

Tous s’en retournèrent au combat.

Quand ils furent partis, quand l’appartement fut vide, on constata que ces pieds nus n’avaient rien insulté et que ces mains noires de poudre n’avaient touché à rien. Pas un objet précieux ne manquait, pas un papier n’avait été dérangé. Une seule chose avait disparu, la pétition des marins du Havre.

[Note : Cette disparition s’est expliquée depuis. Le chef, Gobert, avait emporté cette pétition annotée comme on vient de le voir, afin de montrer aux combattants à quel point l’habitant de cette maison, tout en faisant contre l’insurrection sa mission de représentant, était un ami vrai du peuple.]

Vingt ans après, le 27 mai 1871, voici ce qui se passait dans une autre grande place ; non plus à Paris, mais à Bruxelles, non plus le jour, mais la nuit.

Un homme, un aïeul, avec une jeune mère et deux petits enfants, habitait la maison numéro 3 de cette place, dite place des Barricades ; c’était le même qui avait habité le numéro 6 de la place Royale à Paris ; seulement il