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Le loup est né loup et restera loup. On ne change pas son origine. Si certains membres de la droite, qui peut-être en leur particulier sont les meilleures gens du monde, mais qui sont illettrés, ignorants et inconvenants, font que parfois l’Assemblée nationale de France ressemble à une populace, ce n’est certes pas la faute de ces honorables membres qui sont, à leur insu, une calamité publique. C’est le malheur de tous, et ce n’est le crime de personne. Mais ce malheur, tant que l’Assemblée siégera, est irrémédiable. Là où il n’y a pas de remède, le médecin est inutile.

Je n’espère rien de cette Assemblée, j’attends tout du peuple. C’est pourquoi je sors de l’Assemblée, et je rentre dans le peuple.

La droite m’a fait l’honneur de me prendre pour ennemi personnel. Il y a dans l’Assemblée bien des hommes du dernier empire ; en entrant dans l’Assemblée, j’ai oublié que j’avais fait les Châtiments ; mais eux, ils s’en souviennent. De là ces cris furieux.

J’amnistie ces clameurs, mais je veux rester libre. Et encore une fois, je m’en vais.




Le même soir, 8 mars, la réunion de la gauche radicale a vivement pressé le représentant Victor Hugo de retirer sa démission. Il a persisté, et il a adressé à la réunion quelques paroles que nous reproduisons :

Je persiste dans ma résolution.

C’est pour moi une douleur de vous quitter, vous avec qui je combattais.

Plusieurs d’entre vous et moi, nous étions ensemble dans Paris devant l’ennemi, la Prusse ; nous sommes ensemble à Bordeaux devant un autre ennemi, la monarchie. Je vous quitte, mais c’est pour continuer le combat. Soyez tranquilles.

Ici le combat est devenu impossible, à moi du moins. J’ai souri de ce bon curé debout qui me montrait le poing et qui criait : A mort ! C’était sa façon de demander le