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Si vous aviez assisté à ce moment de la séance, aux vociférations de la réaction, à sa rage, à son épilepsie, comme vous approuveriez le grand orateur de n’être pas resté là !

Victor Hugo avait dit que Garibaldi était le seul de nos généraux qui n’eût pas été battu. Notez que c’est rigoureusement exact,-et que ce n’est pas injurieux pour les quelques généraux énergiques, mais malheureux, qui n’ont pas à rougir de n’avoir pas réussi. Et ; en effet, quand la majorité a hurlé : « Vous insultez nos généraux ! » Chanzy, Jauréguiberry, l’amiral La Roncière, etc., ont fait signe que non, et il n’y a eu que deux généraux parfaitement inconnus, et un troisième trop connu par son serment-M. Ducrot-qui se soient déclarés offensés.

Lorsque Victor Hugo a dit que Garibaldi était venu avec son épée …-un vieux rural a ajouté : -Et Bordone ! Ce vieux rural s’appelle M. de Lorgeril.

Victor Hugo : « Garibaldi est venu, il a combattu… » Toute la majorité : « Non ! non ! » Donc ils ne veulent même pas que Garibaldi ait combattu. On se demande s’ils comprennent ce qu’ils disent.

Il s’est trouvé un rural pour cette interruption : « Faites donc taire M. Victor Hugo ; il ne parle pas français. »

Au paroxysme du tumulte, il fallait voir le dédain et l’impassibilité de l’orateur attendant, les bras croisés, la fin de ce vacarme inférieur.

Vous allez avoir de la peine à me croire ; eh bien, quand Victor Hugo a donné sa démission, même cette majorité-là a senti, ce dont je l’aurais crue incapable, qu’en perdant l’éternel poëte des Châtiments, elle perdait quelque chose. M. Grévy ayant demandé si Victor Hugo persistait dans sa démission, il y a eu sur tous les bancs des voix qui ont crié : Non ! non !

Victor Hugo a persisté. Et comme il a eu raison ! Qu’il retourne à Paris, et qu’il laisse cette majorité parfaire toute seule ce qu’elle a si bien commencé en livrant à la Prusse Strasbourg et Metz.



La validation des élections a eu son cours. J’allais me retirer, quand tout à coup Victor Hugo apparaît à la tribune. Quelle que soit l’opinion de M. Victor Hugo comme homme politique, il est un fait incontestable, c’est qu’il est un puissant esprit, le plus grand poëte de France, et qu’à ce titre il a droit au respect d’une assemblée française, et doit tout au moins être écouté d’elle. C’est au milieu des hurlements, des cris, d’un tumulte indescriptible, du refus de l’écouter, que M. Victor Hugo est resté une bonne demi-