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l’autre ; faire contrepoids à cet homme excessif est nécessaire ; l’insurrection n’est autre chose qu’un rétablissement d’équilibre.

La colère est de droit dans les choses équitables ; renverser la Bastille est une action violente et sainte.

L’usurpation appelle la résistance ; la république, c’est-à-dire la souveraineté de l’homme sur lui-même, et sur lui seul, étant le principe social absolu, toute monarchie est une usurpation ; fût-elle légalement proclamée ; car il y a des cas, nous l’avons dit [note : Préface du tôme Ier, Avant l’exil.], où la loi est traître au droit. Ces rébellions de la loi doivent être réprimées, et ne peuvent l’être que par l’indignation du peuple. Royer-Collard disait : Si vous faites cette loi, je jure de lui désobéir.

La monarchie ouvre le droit à l’insurrection.

La république le ferme.

En république, toute insurrection est coupable.

C’est la bataille des aveugles.

C’est l’assassinat du peuple par le peuple. En monarchie, l’insurrection c’est la légitime défense ; en république, l’insurrection c’est le suicide.

La république a le devoir de se défendre, même contre le peuple ; car le peuple, c’est la république d’aujourd’hui, et la république, c’est le peuple d’aujourd’hui, d’hier et de demain.

Tels sont les principes.

Donc l’insurrection de juin 1848 avait tort.

Hélas ! ce qui la fit terrible, c’est qu’elle était vénérable. Au fond de cette immense erreur on sentait la souffrance du peuple. C’était la révolte des désespérés. La république avait un premier devoir, réprimer cette insurrection, et un deuxième devoir, l’amnistier. L’Assemblée nationale fit le premier devoir, et ne fit pas le second. Faute dont elle répondra devant l’histoire.

Nous avons dû en passant dire ces choses parce qu’elles