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La nature a commencé par la doter ; elle a donné au hameau naissant un climat sain, une rivière vivifiante, une bonne terre, des coteaux pour la vigne, des montagnes pour la forêt. Puis, ce que la nature avait donné, la féodalité l’a pris. La féodalité a pris la montagne et y a mis un donjon, elle a pris la forêt et y a mis des bandits, elle a pris la rivière et l’a barrée d’une chaîne, elle a pris la terre et a mangé la moisson, elle a pris la vigne et a bu le vin. Alors la révolution de France est venue ; car, vous savez, c’est de France que viennent les clartés, c’est de France que viennent les délivrances. (Oui ! oui !) La révolution française a délivré Vianden. Comment ? en tuant le donjon. Tant que le château a vécu, la ville a été morte. Le jour où le donjon est mort, le peuple est né. Aujourd’hui, dans son paysage splendide que viendra visiter un jour toute l’Europe, Vianden se compose de deux choses également consolantes et magnifiques, l’une sinistre, une ruine, l’autre riante, un peuple.

Tout à l’heure, amis, pendant qu’autour de moi vous chantiez, j’écoutais. Un de vos chants m’a saisi. Il m’a remué entre tous, je crois l’entendre encore. Laissez-moi vous le raconter à vous-mêmes.

L’orchestre se taisait. Il n’y avait pas d’instruments. La voix humaine avait seule la parole.

Un de vous, que j’aperçois et que je salue de la main, était debout à part et comme en dehors du groupe ; mais dans la nuit et sous les arbres on le distinguait à peine. On l’entendait.

Qui entendait-on ? on ne savait. C’était solennel et grand.

Une voix grave parlait dans l’ombre, puis s’interrompait, et les autres voix répondaient. Toutes les voix qui étaient ensemble étaient basses, et la voix qui était seule était haute. Rien de plus pathétique. On eût dit un esprit enseignant une foule.

La mélopée était majestueuse. Les paroles étaient en