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M. JOTTRAND.-Monsieur le président, ces paroles sont sorties de ma bouche au moment où mon honorable collègue, M. Couvreur, venait de flétrir ceux qui, après la victoire et de sang-froid, exécutent leurs prisonniers en masse et sans jugement. Je me serais tu, si à ce moment, si, de ce côté, n’étaient parties des protestations contre l’indignation de mon collègue, protestations qui ne pouvaient avoir d’autre sens que l’approbation des actes horribles qui continuent à se passer en France.

Ces paroles, vous le comprenez, ne s’appliquaient pas, dans ma pensée, à ces défenseurs énergiques, résolus et dévoués du droit et de la légalité qui, prévoyant l’ingratitude du lendemain, la montrant déjà du doigt, la proclamant comme attendue par eux, n’en ont pas moins continué à se dévouer à la tâche pénible qu’ils accomplissaient ; ces paroles, dans ma pensée, ne s’appliquaient pas à ces soldats esclaves de leur devoir, agissant dans l’ardeur du combat ; elles s’appliquaient uniquement à ceux dont j’ai rappelé les actes. Et ces actes, suis-je seul à les flétrir ?

N’entendons-nous pas, à Versailles même, des voix amies de l’ordre, des hommes qui ont toujours défendu dans la presse l’ordre et la légalité, ne les voyons-nous pas protester contre les horreurs qui se commettent sous leurs yeux ? ne voyons-nous pas toute la presse française réclamer la constitution immédiate de tribunaux réguliers et la cessation de toutes ces horreurs ?

Voici ce que disait le Times, faisant, comme moi, la part égale aux deux partis en lutte :

« Des deux parts également, nous arrive le bruit d’actes incroyables d’assassinat et de massacre. Les insurgés ont accompli autant qu’il a été en leur pouvoir leurs menaces contre la vie de leurs otages et sans plus de pitié que pour toutes leurs autres menaces. L’archevêque de Paris, le curé Deguerry, l’avocat Chaudey, en tout soixante-huit victimes sont tombées sous leurs coups. Ce massacre d’hommes distingués et inoffensifs est un de ces crimes qui ne meurent point et qui souillent à jamais la mémoire de leurs auteurs. Mais, dans l’esprit de carnage et de haine qu’il révèle, les communistes ne semblent guère pires que leurs antagonistes.

« Il est presque ridicule, de la part de M. Thiers, de venir dénoncer les insurgés pour avoir fusillé un officier captif au mépris des lois de la guerre.

« Les lois de la guerre ! Elles sont douces et chrétiennes, comparées aux lois inhumaines de vengeance, en vertu desquelles les