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entendre des voisins ; que des tentatives d’effraction et d’escalade ont eu lieu ; enfin que, par une circonstance bien malheureuse pour les auteurs de ces scandales, à l’heure même où ils se commettaient, des hommes portant une poutre étaient arrêtés dans le voisinage de la place des Barricades et arrachés aux mains de la police par des complices accourus à leur secours.

N’est-ce pas là une attaque nocturne bien caractérisée ? Le surlendemain, la justice n’était pas encore intervenue, le procureur du roi ou ses agents ne s’étaient pas encore transportés à la maison de M. Hugo. (Interruption.) Et sauf l’enquête ouverte par le commissaire de police, ni M. Hugo, ni les membres de sa famille n’avaient été interrogés sous la foi du serment.

Quels sont les coupables, messieurs ?

Sont-ce des hommes appartenant aux classes populaires qui venaient ainsi prendre en main, contre M. Hugo, la cause du gouvernement attaqué par lui ? C’est peu probable. La lettre qui a motivé les démonstrations avait paru le matin même.

Il faut plus de temps pour qu’une émotion populaire vraiment spontanée puisse se produire.

Lorsque j’ai reçu, pour ma part, la première nouvelle de ces regrettables événements, j’ai cru que les réfugiés français pouvaient en être les principaux auteurs, et j’étais presque tenté de les excuser, tant sont grands les maux de la guerre civile et les exaspérations qu’elle cause. M. Hugo prenait sous sa protection les assassins de la Commune ; il avait demandé pour eux les immunités du droit de l’asile ; donc il était aussi coupable qu’eux. Ainsi raisonné la passion.

Mais, s’il faut en croire la rumeur publique, ce ne sont ni des français, ni des prolétaires amis de l’ordre qui sont les auteurs de ces scènes de sauvagerie dénoncées par la lettre de M. François- Victor Hugo. Ce sont des émeutiers en gants jaunes, des prolétaires de l’intelligence et de la morale, qui ont montré aux vrais prolétaires comment on casse les vitres des bourgeois. Les imprudents ! ils en sont encore à se vanter de ce qu’ils ont fait ! Et leurs compagnons de plaisir s’en vont regrettant tout haut de ne pas s’être trouvés à l’endroit habituel de leurs rendez-vous, où a été complotée cette bonne farce ; une farce qui a failli tuer un enfant !

C’est un roman, dit-on, ce sont des exagérations, et la victime en a été le premier auteur. Soit. Où est l’enquête ? Où est l’examen contradictoire ? Vous voulez punir des violences coupables, et vous