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mais parce qu’ils sont injustement soupçonnés, qu’ils peuvent croire leur vie et leur liberté en péril.

L’expulsion de M. Victor Hugo s’écarte de cette politique calme, humaine, tolérante. Voilà pourquoi elle me blesse.

J’y vois une tendance opposée à celle qui s’est manifestée dans la séance de ce jour. C’est un acte de colère, bien plus que de justice et de stricte nécessité.

La mesure prise peut-elle se justifier dans les circonstances spéciales où elle s’est produite ? Je réponds non sans hésiter.

Je dis plus. J’aime à croire qu’en arrêtant ses dernières résolutions, le gouvernement ignorait encore les détails des faits qui se sont passés sur la place des Barricades, dans la nuit de samedi à dimanche.

Quels sont ces faits, messieurs ?

Les premières versions les ont présentés comme une explosion anodine, naturelle, légitime du sentiment public : tapage nocturne, charivari, sifflets, quelques carreaux cassés.

Depuis, le fils de M. Victor Hugo a publié, sur ces événements, une autre version. Il résulte de son récit que la scène nocturne a duré près de deux heures.

M. ANSPACH.-C’est un roman.

M. COUVREUR.-C’est ce que la justice aura à démontrer. Mais ce qui n’est pas un roman, c’est la frayeur que des femmes et de jeunes enfants ont éprouvée. ( Interruption. )

J’en appelle à tous les pères. Si, pendant la nuit, provoqués ou non, des forcenés venaient pousser devant votre porte, messieurs, des cris de mort, briser des vitres, assaillir la demeure qui abrite le berceau de vos petits-enfants, diriez-vous aussi : C’est du roman ? Écoutez donc le témoignage de M. François Hugo, racontant les angoisses de sa famille.

M. ANSPACH.-Nous avons le témoignage de M. Victor Hugo lui-même ; [Note : C’est faux. Publiez-le signé de M. Victor Hugo, on vous en défie.] il prouve qu’on a embelli ce récit.

M. COUVREUR.-C’est à l’enquête judiciaire de le prouver. Je dis donc que, d’après ce récit, la maison de M. Victor Hugo a été, pendant cette nuit du samedi au dimanche, l’objet de trois attaques successives (interruption), qu’un vieillard sans armes, des femmes en pleurs, des enfants sans défense ont pu croire leur vie menacée ; je dis qu’une mère, une jeune veuve a essayé en vain de se faire