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M. LE PRÉSIDENT.-Les paroles qui viennent d’être prononcées ne sont pas parvenues jusqu’au bureau…

M. COUVREUR.-J’ai dit…

M. LE PRÉSIDENT.-Je ne parle pas de vos paroles, monsieur Couvreur.

M. JOTTRAND.-Je demande la parole.

M. COUVREUR.-Ces faits sont dénoncés par la presse qui peut et qui ose parler, par les journaux anglais.

Lisez ces journaux. Leurs révélations font frémir. Le Times le dit avec raison : « Paris est un enfer habité par des démons. Les faits, les détails abondent. À les lire, on se demande si le peuple français est pris d’un accès de démence féroce ou s’il est déjà atteint dans toutes ses classes de cette pourriture du bas-empire qui annonce la décadence des grandes nations. »

Cela est déjà fort affligeant, mais ce qui le serait bien davantage, c’est que ces haines, ces rages féroces, ces passions surexcitées pussent réagir jusque chez nous. Que la France soit affolée de réaction, que les partis monarchiques sèment, pour l’avenir, de nouveaux germes de guerre civile, déplorons-le, mais n’imitons pas ; nous qui ne sommes pas directement intéressés dans la lutte, gardons au moins l’impartialité de l’histoire. Restons maîtres de nous-mêmes et de notre sang-froid, ne substituons pas l’arbitraire, le bon plaisir, la passion à la justice et aux lois.

Lorsque, il y a quelques jours, l’honorable M. Dumortier, interpellant le gouvernement sur ses intentions, disait que les crimes commis jusqu’à ce moment à Paris par les gens de la Commune devaient être considérés comme des crimes de droit commun, pas une voix n’a protesté. Mais un point n’avait pas été suffisamment mis en lumière. J’ai été heureux d’avoir entendu tantôt les explications de l’honorable ministre des affaires étrangères, qui a précisé dans quel sens l’application des lois se ferait ; j’ai été heureux d’apprendre que la Belgique, dans cette circonstance, réglerait sa conduite sur celle de l’Angleterre, de l’Espagne et de la Suisse, c’est-à-dire que l’on examinera chaque cas individuellement…

M. D’ANETHAN, ministre des affaires étrangères.-Certainement.

M. COUVREUR… que l’on jugera les faits ; que l’on ne rejettera pas dans la fournaise des passions surexcitées de Versailles ceux qui viennent nous demander un asile, non parce qu’ils sont coupables,