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la conscience de sa responsabilité devant le pays et devant l’Europe, ne pouvait pas tolérer de tels écarts. Vous l’auriez accusé de faiblesse et peut-être de lâcheté s’il avait subi un tel outrage.

J’ajoute qu’après la lettre de M. Victor Hugo la tranquillité a été troublée. Vous avez lu dans l’ Indépendance, écrit de la main même du fils de M. Hugo, le récit des scènes qui se sont passées devant la maison du poëte. Je blâme ces manifestations. Elles font l’objet d’une instruction judiciaire. Lorsque les coupables seront découverts, la justice se prononcera. Une enquête est ordonnée. Des recherches sont faites pour arriver à ce résultat. Mais ces manifestations troublaient profondément la tranquillité publique.

Des démarches pour engager M. Victor Hugo à se retirer volontairement sont restées infructueuses. Le gouvernement a fait signifier un arrêté d’expulsion. Cet arrêté sera exécuté. Le gouvernement croit avoir rempli un devoir.

Il y avait en jeu une question de sécurité publique, de dignité nationale, de dignité gouvernementale. Le gouvernement a eu recours à la mesure extrême de l’expulsion. Il soumet avec confiance cet acte au jugement de tous, et il ne doute pas que l’immense majorité de la Chambre et du pays ne lui soit acquise. (Marques d’approbation.)

M. DEMEUR.-L’opinion qui a été développée et approuvée ici et au sénat, cette doctrine, qui est une erreur, consiste à dire que la législation donne au gouvernement le droit de livrer tous les vaincus de Paris. C’est cette doctrine que réprouve la lettre de M. Victor Hugo. D’après lui, les vaincus sont des hommes politiques. Toute sa lettre est là. L’insurrection de Paris est un crime, qui ne souffre pas de circonstances atténuantes ; mais j’ajoute : c’est un crime politique. Et si vous aviez à le poursuivre vous le qualifieriez ainsi. Je laisse de côté les crimes et délits de droit commun qui en sont résultés. Je parle du fait dominant. Il est prévu par la loi pénale. La guerre civile est un crime politique. Nous avons eu dans notre pays des tentatives de crimes de ce genre.

Est-ce que nous n’avons pas chez nous des criminels politiques qui ont été condamnés à mort, des hommes qui ont conspiré contre la sûreté de l’état, qui ont commis des attentats contre la chose publique ? Pourquoi se récrier ? C’est de l’histoire.

Or, peut-on livrer un homme qui n’a commis aucun crime de droit commun, mais qui a commis ce crime politique d’adhérer à