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essayeur. L’univers civilisé attentif regarde, observe, profite. La France voit le progrès se construire lentement de toutes pièces sous ses yeux ; et, chaque fois que Paris fait un pas heureux, elle suit ; et ce que suit la France est suivi par l’Europe. L’expérience politique, à mesure qu’elle avance, crée la science politique. Rien n’est plus laissé au hasard. Plus de commotions à craindre, plus de tâtonnements, plus de reculs, plus de réactions ; ni coups de trahison du pouvoir, ni coups de colère du peuple. Ce que Paris dit est dit pour le monde ; ce que Paris fait est fait pour le monde. Aucune autre ville, aucun autre groupe d’hommes, n’a ce privilège. L’ income-tax réussit en Angleterre ; que Paris l’adopte, la preuve sera faite. La liberté des banques, qui implique le droit de papier-monnaie, est en plein exercice dans les îles de la Manche ; que Paris le pratique, le progrès sera admis. Paris en mouvement, c’est la vie universelle en activité. Plus de force stagnante ou perdue. La roue motrice travaille, l’engrenage obéit, la vaste machine humaine marche désormais pacifiquement, sans temps d’arrêt, sans secousse, sans soubresaut, sans fracture. La révolution française est finie, l’évolution européenne commence.

Nous avons perdu nos frontières ; la guerre, certes, nous les rendra, mais la paix nous les rendrait mieux encore. J’entends la paix ainsi comprise, ainsi pratiquée, ainsi employée. Cette paix-là nous donnerait plus que la France redevenue France ; elle nous donnerait la France devenue Europe. Par l’évolution européenne, dont Paris est le moteur, nous tournons la situation, et l’Allemagne se réveille brusquement prise et brusquement délivrée par les États-Unis d’Europe.

Que penser de nos gouvernants ? avoir ce prodigieux outil de civilisation et de suprématie, Paris, et ne pas s’en servir !

N’importe, ce qui est dans Paris en sortira. Tôt ou tard, Paris Commune s’imposera. Et l’on sera stupéfait de voir