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    Du lointain idéal éclaire le chemin,
    Et qu’il ait au front l’astre et l’épée à la main !

    Respect à nos soldats ! Rien n’égalait leurs tailles ;
    La Révolution gronde en leurs cent batailles ;
    La Marseillaise, effroi du vieux monde obscurci,
    S’est faite pierre là, s’est faite bronze ici ;
    De ces deux monuments sort un cri : Délivrance !

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    Quoi ! de nos propres mains nous achevons la France !
    Quoi ! c’est nous qui faisons cela ! nous nous jetons
    Sur ce double trophée envié des teutons,
    Torche et massue aux poings, tous à la fois, en foule !
    C’est sous nos propres coups que notre gloire croule !
    Nous la brisons, d’en haut, d’en bas, de près, de loin,
    Toujours, partout, avec la Prusse pour témoin !
    Ils sont là, ceux à qui fut livrée et vendue
    Ton invincible épée, ô patrie éperdue !
    Ils sont là, ceux par qui tomba l’homme de Ham !
    C’est devant Reichshoffen qu’on efface Wagram !
    Marengo raturé, c’est Waterloo qui reste.
    La page altière meurt sous la page funeste ;
    Ce qui souille survit à ce qui rayonna ;

    Et, pour garder Forbach, on supprime Iéna !
    Mac-Mahon fait de loin pleuvoir une rafale
    De feu, de fer, de plomb, sur l’arche triomphale.
    Honte ! un drapeau tudesque étend sur nous ses plis,
    Et regarde Sedan souffleter Austerlitz !
    Où sont les Charentons, France ? où sont les Bicêtres ?
    Est-ce qu’ils ne vont pas se lever, les ancêtres,
    Ces dompteurs de Brunswick, de Cobourg, de Bouillé,
    Terribles, secouant leur vieux sabre rouillé,