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« Victor Hugo devait l’accompagner à Arcachon. Charles se faisait une joie de rester là quelques jours en famille avec son père, sa jeune femme et ses deux petits enfants ; le départ était fixé au lendemain matin… Et le voilà mort ! Le voilà mort, ce vaillant et généreux Charles, si fort et si doux, d’un si haut esprit, d’un si puissant talent !

« Et Victor Hugo, après ces dix-neuf ans d’exil et de lutte suivis de ces six mois de guerre et de siége, ne sera rentré en France que pour ensevelir son fils à côté de sa fille, et pour mêler à son deuil patriotique son deuil paternel. »




ENTERREMENT DE CHARLES HUGO

(18 mars.)

« Une foule considérable et profondément émue se pressait hier à la gare d’Orléans, où, comme tous les journaux l’avaient annoncé, le cercueil du collaborateur, de l’ami, que nous pleurons était attendu vers midi.

« A l’heure dite, on a vu paraître le corbillard, derrière lequel marchaient, le visage en larmes, Victor Hugo et son dernier fils, François-Victor, puis MM. Paul Meurice, Auguste Vacquerie, Paul Foucher et quelques amis intimes.

« Ceux qui étaient venus témoigner leur sympathie attristée au grand poëte si durement frappé et au vaillant journaliste parti si jeune se sont joints à ce douloureux cortège, et le corbillard s’est dirigé vers le cimetière du Père-Lachaise.

« Il va sans dire qu’il n’a passé par aucune église.

« D’instant en instant, le cortège grossissait. « Place de la Bastille, il y a eu une chose touchante. Trois gardes nationaux, reconnaissant Victor Hugo, se sont mis aussitôt aux côtés du corbillard et l’ont escorté, fusil sous le bras. D’autres gardes nationaux ont suivi leur exemple, puis d’autres, et bientôt ils ont été plus d’une centaine, et ils ont formé une haie d’honneur qui a accompagné jusqu’au cimetière notre cher et regretté camarade.

« Un moment après, un poste de gardes nationaux, très nombreux à cause des événements de la journée, apprenant qui l’on enterrait, a pris les fusils, s’est mis en rang et a présenté les armes ;