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faire ce qu’il n’impose pas ? Pourquoi lui donner ce qu’il ne demande pas ?

Que la Prusse prenne les territoires. Que la France garde les représentants.

Que leur présence dans l’Assemblée nationale de France soit la protestation vivante et permanente de la justice contre l’iniquité, du malheur contre la force, du droit vrai de la patrie contre le droit faux de la victoire.

Que les alsaciens et les lorrains, élus par leurs départements, restent dans l’Assemblée française et qu’ils y personnifient, non le passé, mais l’avenir.

Le mandat est un dépôt. C’est au mandant lui-même que le mandataire est tenu de rapporter son mandat. Aujourd’hui, dans la situation faite à l’Alsace et à la Lorraine, le mandant est prisonnier, mais le mandataire est libre. Le devoir du mandataire est de garder à la fois sa liberté et son mandat.

Et cela jusqu’au jour où, ayant coopéré avec nous à l’œuvre libératrice, il pourra rendre à ceux qui l’ont élu le mandat qu’il leur doit et la patrie que nous leur devons.

Les représentants alsaciens et lorrains des départements cédés sont aujourd’hui dans une exception qu’il importe de signaler. Tous les représentants du reste de la France peuvent être réélus ou remplacés ; eux seuls ne le peuvent pas. Leurs électeurs sont frappés d’interdit.

En ce moment, et sans que le traité puisse l’empêcher, l’Alsace et la Lorraine sont représentées dans l’Assemblée nationale de France. Il dépend de l’Assemblée nationale de continuer cette représentation. Cette continuation du mandat, nous devons la déclarer. Elle est de droit. Elle est de devoir.

Il ne faut pas que les siéges de la représentation alsacienne et lorraine, actuellement occupés, soient vides et restent vides par notre volonté. Pour toutes les populations de France, le droit d’être représentées est un droit absolu ; pour la Lorraine et pour l’Alsace c’est un droit sacré.