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décret que je viens de vous lire. Alors ce serait une faute de le présenter. Je m’en abstiens. Il serait bon, certes, qu’il fût voté, mais il serait fâcheux qu’il fût rejeté. Ce rejet soulignerait le traité et accroîtrait la honte.

Mais faut-il pour cela, devant la démission des représentants de l’Alsace et de la Lorraine, se taire et s’abstenir absolument ?

Non.

Que faire donc ?

Selon moi, ceci :

Inviter les représentants de l’Alsace et de la Lorraine à garder leurs siéges. Les y inviter solennellement par une déclaration motivée que nous signerons tous, nous qui avons voté contre le traité, nous qui ne reconnaissons pas le droit de la force. Un de nous, moi si vous voulez, lira cette déclaration à la tribune. Cela fait, nos consciences seront tranquilles, l’avenir sera réservé.

Citoyens, gardons-les, ces collègues. Gardons-les, ces compatriotes.

Qu’ils nous restent.

Qu’ils soient parmi nous, ces vaillants hommes, la protestation et l’avertissement ; protestation contre la Prusse, avertissement à l’Europe. Qu’ils soient le drapeau d’Alsace et de Lorraine toujours levé. Que leur présence parmi nous encourage et console, que leur parole conseille, que leur silence même parle. Les voir là, ce sera voir l’avenir. Qu’ils empêchent l’oubli. Au milieu des idées générales qui embrassent l’intérêt de la civilisation, et qui sont nécessaires à une assemblée française, toujours un peu tutrice de tous les peuples, qu’ils personnifient, eux, l’idée étroite, haute et terrible, la revendication spéciale, le devoir vis-à-vis de la mère. Tandis que nous représenterons l’humanité, qu’ils représentent la patrie. Que chez nous ils soient chez eux. Qu’ils soient le tison sacré, rallumé toujours. Que, par eux, les deux provinces étouffées sous la Prusse continuent de respirer l’air de France ; qu’ils soient les