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siéger dans les futures assemblées nationales de France jusqu’au jour où ils pourront rendre à leurs commettants leur mandat dans les conditions où ils l’ont reçu.

( M. Victor Hugo reprend )

Ce décret exprimerait le vrai absolu de la situation. Il est la négation implicite du traité, négation qui est dans tous les cœurs, même dans les cœurs de ceux qui l’ont voté. Ce décret ferait sortir cette négation du sous-entendu, et profiterait d’une lacune du traité pour infirmer le traité, sans qu’on puisse l’accuser de l’enfreindre. Il conviendrait, je le crois, à toutes nos consciences. Le traité pour nous n’existe pas. Il est de force ; voilà tout. Nous le répudions. Les hommes de la république ont pour devoir étroit de ne jamais accepter le fait qu’après l’avoir confronté avec le droit. Quand le fait se superpose au principe, nous l’admettons. Sinon, nous le refusons. Or le traité prussien viole tous les principes. C’est pourquoi nous avons voté contre. Et nous agirons contre. La Prusse nous rend cette justice qu’elle n’en doute pas.

Mais ce projet de décret que je viens de vous lire, et que je me proposais de soutenir à la tribune, l’Assemblée l’accepterait-elle ? Évidemment non. Elle en aurait peur. D’ailleurs cette assemblée, née d’un malentendu entre la France et Paris, a dans sa conscience le faux de sa situation. Il suffit d’y mettre le pied pour comprendre qu’elle n’admettra jamais une vérité entière. La France a un avenir, la république, et la majorité de l’Assemblée a un but, la monarchie. De là un tirage en sens inverse, d’où, je le crains, sortiront des catastrophes. Mais restons dans le moment présent. Je me borne à dire que la majorité obliquera toujours et qu’elle manque de ce sens absolu qui, en toute occasion et à tout risque, préfère aux expédients les principes. Jamais la justice n’entrera dans cette assemblée que de biais, si elle y entre.

L’Assemblée ainsi faite ne voterait pas le projet de