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moyens d’accomplir cette œuvre religieuse et sainte. Réunissez-vous légalement. Agitez pacifiquement l’opinion et les consciences. L’île entière peut, je dis plus, doit intervenir. Les femmes doivent presser les maris, les enfants attendrir les pères, les hommes signer des requêtes et des pétitions. Adressez-vous à vos gouvernants et à vos magistrats dans les limites de la loi. Réclamez le sursis, réclamez la commutation de peine. Vous l’obtiendrez.

Levez-vous. Hâtez-vous. Ne perdez pas un jour, ne perdez pas une heure, ne perdez pas un instant. Que ce fatal 27 janvier vous soit sans cesse présent. Que toute l’île compte les minutes comme cet homme !

Songez-y bien, depuis que cette sentence de mort est prononcée, le bruit que vous entendez maintenant dans toutes vos horloges, c’est le battement du cœur de ce misérable.

Un précédent est-il nécessaire ? en voici un :

En 1851, un homme, à Jersey, tua un autre homme. Un nommé Jacques Fouquet tira un coup de fusil à un nommé Derbyshire. Jacques Fouquet fut déclaré coupable successivement par les deux jurys. Le 27 août 1851 la cour le condamna à mort. Devant l’imminence d’une exécution capitale, l’île s’émut. Un grand meeting eut lieu ; seize cents personnes y assistèrent. Des français y parlèrent aux applaudissements du généreux peuple jersiais. Une pétition fut signée. Le 23 septembre, la grâce de Fouquet arriva.

Maintenant, qu’est-il advenu de Fouquet ?

Je vais vous le dire.

Fouquet vit et Fouquet se repent[1].

Qu’est-ce que le gibet a à répondre à cela ?

Guernesiais ! ce qu’a fait Jersey, Guernesey peut le faire. Ce que Jersey a obtenu, Guernesey l’obtiendra.

  1. JACQUES FOUQUET.-On nous assure que Jacques Fouquet, condamné à mort par notre cour royale, comme coupable du crime de meurtre sur Frédéric Derbyshire et dont la peine fut commuée par sa majesté en celle de la déportation perpétuelle, a été transféré, il y a six mois, de la prison de Millbank où il était toujours resté, à Dartmore. Il est presque complètement guéri du mal qu’il avait au cou, et sa conduite a été telle à Millbank, que le gouverneur de cette prison regarde comme très probable une nouvelle commutation de sa peine, et un bannissement aux possessions anglaises. ( Chronique de Jersey, 7 janvier 1854.)