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sommes point hâtés ; beaucoup, de considérations, qui étaient graves, j’en conviens, et qui voulaient être mûrement examinées, nous ont arrêtés ; et à l’instant où je parle, au point même où le progrès est parvenu, parmi les meilleurs républicains, parmi les démocrates les plus vrais et les plus purs, bien des esprits excellents hésitent encore à admettre dans l’homme et dans la femme l’égalité de l’âme humaine, et, par conséquent, l’assimilation, sinon l’identité complète, des droits civiques. Disons-le bien haut, citoyens, tant que la prospérité a duré, tant que la république a été debout, les femmes, oubliées par nous, se sont oubliées elles-mêmes ; elles se sont bornées à rayonner comme la lumière ; à échauffer les esprits, à attendrir les cœurs, à éveiller les enthousiasmes, à montrer du doigt à tous le bon, le juste, le grand et le vrai. Elles n’ont rien ambitionné au delà. Elles qui, par moment, sont, l’image, de la patrie vivante, elles qui pouvaient être l’âme de la cité, elles ont été simplement l’âme de la famille. À l’heure de l’adversité, leur attitude a changé, elles ont cessé d’être modestes ; à l’heure de l’adversité, elles nous ont dit : — Nous ne savons pas si nous, avons droit à votre puissance, à votre liberté, à votre grandeur ; mais ce que nous savons, c’est que nous avons droit à votre misère. Partager vos souffrances, vos accablements, vos dénûments, vos détresses, vos renoncements, vos exils, votre abandon si vous êtes sans asile, votre faim si vous êtes sans pain, c’est là le droit de la femme, et nous le réclamons. — Ô mes frères ! et les voilà qui nous suivent dans le combat, qui nous accompagnent dans la proscription, et qui nous devancent dans le tombeau !

Citoyens, puisque cette fois encore vous avez voulu que je parlasse en votre nom, puisque votre mandat donne à ma voix l’autorité qui manquerait à une parole isolée ; sur la tombe de Louise Julien, comme il y a trois mois, sur la tombe de Jean Bousquet, le dernier cri que je veux jeter, c’est le cri de courage, d’insurrection et d’espérance !

Oui, des cercueils comme celui de cette noble femme qui est là signifient et prédisent la chute prochaine des bourreaux, l’inévitable écroulement des despotismes et