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nombre de voix dont il lui convient de dépasser les 7,500,000 de son 20 décembre. À l’heure qu’il est, huit millions, neuf millions, dix millions, son chiffre est fait. Le scrutin n’y changera rien. Nous ne prendrons pas la peine de vous rappeler ce que c’est que le « suffrage universel » de M. Bonaparte, ce que c’est que les scrutins de M. Bonaparte. Manifestation de la ville de Paris ou de la ville de Lyon, recensement du parti républicain, est-ce que cela est possible ? Où sont les garanties du scrutin ? où est le contrôle ? où sont les scrutateurs ? où est la liberté ? Songez à toutes ces dérisions. Qu’est-ce qui sort de l’urne ? la volonté de M. Bonaparte. Pas autre chose. M. Bonaparte a les clefs des boîtes dans sa main, les Oui et les Non dans sa main, le vote dans sa main. Après le travail des préfets et des maires terminé, ce gouvernant de grands chemins s’enferme tête-à-tête avec le scrutin, et le dépouille. Pour lui, ajouter ou retrancher des voix, altérer un procès-verbal, inventer un total, fabriquer un chiffre, qu’est-ce que c’est ? un mensonge, c’est-à-dire peu de chose ; un faux, c’est-à-dire rien.

Restons dans les principes, citoyens. Ce que nous avons à vous dire, le voici :

M. Bonaparte trouve que l’instant est venu de s’appeler majesté. Il n’a pas restauré un pape pour le laisser à rien faire ; il entend être sacré et couronné. Depuis le 2 décembre, il a le fait, le despotisme ; maintenant il veut le mot, l’empire. Soit.

Nous, républicains, quelle est notre fonction ? quelle doit être notre attitude ?

Citoyens, Louis Bonaparte est hors la loi ; Louis Bonaparte est hors l’humanité. Depuis dix mois que ce malfaiteur règne, le droit à l’insurrection est en permanence et domine toute la situation. A l’heure où nous sommes, un perpétuel appel aux armes est au fond des consciences. Or, soyons tranquilles, ce qui se révolte dans toutes les consciences arrive bien vite à armer tous les bras.

Amis et frères ! en présence de ce gouvernement infâme, négation de toute morale, obstacle à tout progrès social, en présence de ce gouvernement meurtrier du peuple, assassin de la république et violateur des lois, de ce gouvernement