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que Napoléon III eût été un académicien convenable ; l’académie sous l’empire avait, par politesse sans doute, suffisamment abaissé son niveau pour que l’empereur pût en être ; l’empereur eût pu se croire là parmi ses pairs littéraires, et sa majesté n’eût aucunement déparé celle des quarante.

À l’époque où l’on annonçait la candidature de l’empereur à un fauteuil vacant, un académicien de notre connaissance, voulant rendre à la fois justice à l’historien de César et à l’homme de Décembre, avait d’avance rédigé ainsi son bulletin de vote : Je vote pour l’admission de M. Louis Bonaparte à l’académie et au bagne.

On le voit, toutes les concessions possibles, le proscrit les fait.

Il n’est absolu qu’au point de vue des principes. Là son inflexibilité commence. Là il cesse d’être ce que dans le jargon politique on nomme « un homme pratique ». De là ses résignations à tout, aux violences, aux injures, à la ruine, à l’exil. Que voulez-vous qu’il y fasse ? Il a dans la bouche la vérité qui, au besoin, parlerait malgré lui.

Parler par elle et pour elle, c’est là son fier bonheur.

Le vrai a deux noms ; les philosophes l’appellent l’idéal, les hommes d’état l’appellent le chimérique.

Les hommes d’état ont-ils raison ? Nous ne le pensons pas.

À les entendre, tous les conseils que peut donner un proscrit sont « chimériques ».

En admettant, disent-ils, que ces conseils aient pour eux la vérité, ils ont contre eux la réalité.

Examinons.

Le proscrit est un homme chimérique. Soit. C’est un voyant aveugle ; voyant du côté de l’absolu, aveugle du côté du relatif. Il fait de bonne philosophie et de mauvaise politique. Si on l’écoutait, on irait aux abîmes. Ses conseils sont des conseils d’honnêteté et de perdition. Les principes lui donnent raison, mais les faits lui donnent tort.

Voyons les faits.

John Brown est vaincu à Harper’s Ferry. Les hommes d’état disent : Pendez-le. Le proscrit dit : Respectez-le.