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« C’est une pénible tâche que de signaler les fautes et de parler de l’insuffisance d’hommes qui font de leur mieux, mais une déplorable négligence a eu lieu depuis l’arrivée du steamer. Quarante-six hommes ont été laissés à bord deux jours de plus, quand, avec quelque surcroît d’efforts, on aurait pu les mettre en lieu sûr à l’hôpital. Le navire est tout à fait infecté ; un grand nombre d’hommes vont être immédiatement employés à le nettoyer et à le fumiger, pour éviter le danger du typhus qui se déclare généralement dans de pareilles conditions. Deux transports étaient remorqués par le Colombo, et leur état était presque aussi désastreux. »

( Times, no. du vendredi 13 octobre 1854.)

«… Les turcs ont rendu de bons services dans les retranchements. Les pauvres diables souffrent de la dyssenterie, des fièvres, du typhus. Leur service médical est nul, et nos chirurgiens n’ont pas le loisir de s’occuper d’eux. »

( Times, correspondance datée du 29 octobre 1854.)

Ce qui suit est extrait d’une correspondance adressée au Morning Herald et datée de Balaklava, 8 novembre 1854 :

« Mais il est inutile d’insister sur ces détails déchirants ; qu’il suffise de dire que parmi les carcasses d’environ deux cents chevaux tués ou blessés, sont couchés les cadavres de nos braves artilleurs anglais et français, tous plus ou moins horriblement mutilés. Quelques-uns ont la tête détachée du cou, comme par une hache ; d’autres ont la jambe séparée de la hanche, d’autres les bras emportés ; d’autres encore, frappés à la poitrine ou dans l’estomac, ont été littéralement broyés comme s’ils avaient été écrasés par une machine. Mais ce ne sont pas les alliés seulement qui sont étendus là ; au contraire, il y a dix cadavres russes pour un des nôtres, avec cette différence que les russes ont tous été tués par la mousqueterie avant que l’artillerie ait donné. Sur cette place l’ennemi a maintenu constamment une pluie de bombes pendant toute la nuit, mais, les bombes n’éclataient que sur des morts.

« En traversant la route qui mène à Sébastopol, entre des monceaux de morts russes, on arrive à la place où les gardes ont été obligés d’abandonner la défense du retranchement qui domine la vallée d’Inkermann. Là nos morts sont aussi nombreux que ceux de l’ennemi. En travers du sentier, côte à côte, sont étendus cinq gardes qui ont été tués par le même boulet en chargeant l’ennemi. Ils sont couchés dans la même attitude, serrant leur mousquet de leurs mains crispées, ayant tous sur le visage le même froncement douloureux