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yeux, publia l’adresse de Victor Hugo aux Guernesiais, et la fit suivre de la réflexion qu’on va lire. Nous citons :

« Cette sublime réfutation de la peine de mort ne vient-elle pas à propos pour enseigner la conduite qu’on devrait tenir envers le malheureux assassin de Pierre Dion ? »

« Voici maintenant ce que, à quelques jours de distance, nous lisons dans le Pays de Montréal :

« La sentence de mort prononcée contre Julien, pour le meurtre de son beau-père, à Québec, a été commuée en une détention perpétuelle dans le pénitentiaire provincial. »

« Et le journal canadien ajoute :

« Victor Hugo avait élevé sa voix éloquente, juste au moment où la vie et la mort de Julien étaient dans la balance.

« Tous ceux qui aiment et respectent l’humanité ; tous ceux qui voient l’expiation du crime, non dans un meurtre de sang-froid, mais dans de longues heures de repentir accordées au coupable, ont appris avec bonheur la nouvelle d’un événement qui règle implicitement une haute question de philosophie sociale.

« On peut dire qu’au Canada la peine de mort est, de fait, abolie. »

« Sainte puissance de la pensée ! elle va s’élargissant comme les fleuves ; filet d’eau à sa source, océan à son embouchure ; souffle à deux pas, ouragan à deux mille lieues. La même parole qui, partie de Jersey, semble n’avoir pu ébranler le gibet de Guernesey, passe l’Atlantique et déracine la peine de mort au Canada. Victor Hugo ne peut rien en Europe pour Tapner qui agonise sous ses yeux, et il sauve en Amérique Julien qu’il ne connaît pas. La lettre écrite pour Guernesey arrive à son adresse à Québec.

« Disons à l’honneur des magistrats du Canada que le procureur général, qui avait condamné à mort Julien, s’est chaudement entremis pour que la condamnation ne fût pas exécutée ; et glorifions le digne gouverneur du bas Canada, le général Rowan, qui a compris et consacré le progrès. Avec quel sentiment de devoir accompli et de responsabilité évitée il doit lire en ce moment même la lettre à lord Palmerston par laquelle Victor Hugo a clos sa lutte au pied du gibet de Guernesey.

« Une chose plus grande encore que le fait lui-même résulte pour nous de ce que nous venons de raconter. À l’heure qu’il est, ce que l’autorité et le despotisme étouffent sur un continent renaît à l’instant même sur l’autre ; et cette même pulsation du grand cœur de l’humanité qu’on comprimait à Guernesey, a son contre-coup au Canada. Grâce à la démocratie, grâce à la pensée, grâce à la presse, le moment approche où le genre humain n’aura plus qu’une âme. »