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mougick, que le fellah, que le prolétaire, que le paria, que le nègre vendu, que le blanc opprimé, que tous espèrent ; les chaînes sont un réseau ; elles se tiennent toutes ; une rompue, la maille se défait. De là la solidarité des despotismes ; le pape est plus frère du sultan qu’il ne croit. Mais, je le répète, c’est fini. Oh ! la belle chose que la force des choses ! il y a du surhumain dans la délivrance. La liberté est un abîme divin qui attire ; l’irrésistible est au fond des révolutions. Le progrès n’est autre chose qu’un phénomène de gravitation ; qui donc l’entraverait ? Une fois l’impulsion donnée, l’indomptable commence. O despotes, je vous en défie, arrêtez la pierre qui tombe, arrêtez le torrent, arrêtez l’avalanche, arrêtez l’Italie, arrêtez 89, arrêtez le monde précipité par Dieu dans la lumière ! ( Applaudissements frénétiques. )

Victor Hugo avait, à propos de John Brown, prédit la guerre civile à l’Amérique, et, à propos de Garibaldi, prédit l’unité à l’Italie. Ces deux prédictions se réalisèrent.

Après le meeting, un banquet eut lieu ; ce banquet se termina par un toast à Victor Hugo.

Victor Hugo répondit :

Messieurs,

Puisque je suis debout, permettez-moi de ne point me rasseoir. Je sens le besoin de remercier immédiatement l’homme inspiré et cordial [note : Le pasteur N. Martin.] que nous venons d’entendre. Je dirai peu de mots. Les sentiments profonds abrègent volontiers, et les cœurs pénétrés ont pour éloquence leur émotion même. Eh bien, je suis très ému.

La meilleure manière de vous remercier, c’est de vous