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Guernesey, Hauteville-House, 25 novembre 1855.

Aux Anglais

Chers compatriotes de la grande patrie européenne.

J’ai reçu, des mains de notre courageux coreligionnaire Harney, la communication que vous avez bien voulu me faire au nom de votre comité et du meeting de Newcastle. Je vous en remercie, ainsi que vos amis, en mon nom et au nom de mes compagnons de lutte, d’exil et d’expulsion.

Il était impossible que l’expulsion de Jersey, que cette proscription des proscrits ne soulevât pas l’indignation publique en Angleterre. L’Angleterre est une grande et généreuse nation où palpitent toutes les forces vives du progrès, elle comprend que la liberté c’est la lumière. Or c’est un essai de nuit qui vient d’être fait à Jersey ; c’est une invasion des ténèbres ; c’est une attaque à main armée du despotisme contre la vieille constitution libre de la Grande-Bretagne ; c’est un coup d’état qui vient d’être insolemment lancé par l’empire en pleine Angleterre. L’acte d’expulsion a été accompli le 2 novembre ; c’est un anachronisme ; il aurait dû avoir lieu le 2 décembre.

Dites, je vous prie, à mes amis du comité et à vos amis du meeting combien nous avons été sensibles à leur noble et énergique manifestation. De tels actes peuvent avertir et arrêter ceux de vos gouvernants qui, à cette heure, méditent peut-être de porter, par la honte de l’Alien-Bill, le dernier coup au vieil honneur anglais.

Des démonstrations comme la vôtre, comme celles qui viennent d’avoir lieu à Londres, comme celles qui se préparent à Glascow, consacrent, resserrent et cimentent, non l’alliance vaine, fausse, funeste, l’alliance pleine de cendre du présent cabinet anglais et de l’empire bonapartiste, mais l’alliance vraie, l’alliance nécessaire, l’alliance éternelle