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là, et, tant que M. Bonaparte sera debout, c’est de cette source horrible que sortiront tous les événements, et tous les événements, quels qu’ils soient, ayant ce poison dans les veines, seront malsains et vénéneux et se gangrèneront rapidement,-le 2 décembre donc, M. Bonaparte fait ce que vous savez. Il commet un crime, érige ce crime en trône, et s’assied dessus. Schinderhannes se déclare César. Mais à César il faut Pierre. Quand on est empereur, le Oui du peuple, c’est peu de chose ; ce qui importe, c’est le Oui du pape. Ce n’est pas tout d’être parjure, traître et meurtrier, il faut encore être sacré. Bonaparte le Grand avait été sacré. Bonaparte le Petit voulut l’être.

Là était la question.

Le pape consentirait-il ?

Un aide de camp, nommé de Cotte, un des hommes religieux du jour, fut envoyé à Antonelli, le Consalvi d’à présent. L’aide de camp eut peu de succès. Pie VII avait sacré Marengo ; Pie IX hésita à sacrer le boulevard Montmartre. Mêler à ce sang et à cette boue la vieille huile romaine, c’était grave. Le pape fit le dégoûté. Embarras de M. Bonaparte. Que faire ? de quelle manière s’y prendre pour décider Pie IX ? Comment décide-t-on une fille ? comment décide-t-on un pape ? Par un cadeau. Cela est l’histoire.

UN PROSCRIT ( le citoyen Bianchi ) : Ce sont les mœurs sacerdotales.

VICTOR HUGO, s’interrompant : Vous avez raison. Il y a longtemps que Jérémie a crié à Jérusalem et que Luther a crié à Rome : Prostituée ! ( Reprenant. ) M. Bonaparte, donc, résolut de faire un cadeau à M. Mastaï.

Quel cadeau ?

Ceci est toute l’aventure actuelle.

Citoyens, il y a deux papes en ce moment, le pape latin et le pape grec. Le pape grec, qui s’appelle aussi le czar, pèse sur le sultan du poids de toutes les Russies. Or le sultan, possédant la Judée, possède le tombeau du Christ. Faites attention à ceci. Depuis des siècles la grande ambition des deux catholicismes, grec et romain, serait de pouvoir pénétrer librement dans ce tombeau et d’y officier, non côte à côte et fraternellement, mais l’un excluant l’autre, le latin excluant le grec ou le grec excluant le