Page:Hugo - Actes et paroles - volume 3.djvu/126

Cette page n’a pas encore été corrigée


majestueuse marche amicale dans la lumière ; nous les voulons sans humiliation d’un côté, sans abdication de l’autre, sans arrière-pensées pour l’avenir, sans spectres dans le passé ; nous trouvons que le mépris entre les gouvernements, même dissimulé, est un mauvais ingrédient pour cimenter l’estime entre les nations ; en un mot, nous voulons sur les frontons radieux de ces alliances de peuple à peuple des statues de marbre et non des hommes de fange.

Nous voulons des fédérations signées Washington et non des plâtrages signés Bonaparte.

Les alliances comme celles que nous voyons en ce moment, nous les croyons mauvaises pour les deux parties, pour les deux peuples que nous admirons et que nous aimons, pour les deux gouvernements dont nous prenons moins de souci. Sait-on bien ce qu’on veut ici, et sait-on bien ce qu’on fera là ? Nous disons qu’au fond, des deux côtés, on se défie quelque peu, et qu’on n’a pas tort ; nous disons à ceux-ci qu’il y a toujours du côté d’un marchand l’affaire commerciale, et nous disons à ceux-là qu’il y a toujours du côté d’un traître la trahison.

Comprend-on maintenant ?

Autant l’alliance bâclée nous laisse froids, autant la guerre pendante nous émeut. Oui, nous considérons avec un inexprimable mélange d’espérance et d’angoisse cette dernière aventure des monarchies, ce coup de tête pour une clef qui a déjà coûté des millions d’or et des milliers d’hommes. Guerre d’intrigues plus encore que de mêlées, où les turcs sont de plus en plus héroïques, où le Deux-Décembre est de plus en plus lâche, où l’Autriche est de plus en plus russe ; guerre meurtrière sans coups de canon, où nos vaillants soldats, fils de l’atelier et de la chaumière, meurent misérablement, hélas ! sans même qu’il sorte de leurs pauvres cadavres la funèbre auréole des batailles ; guerre où il n’y a pas encore eu d’autre vainqueur que la peste, où le typhus seul a pu publier des bulletins, et où il n’y a eu jusqu’ici d’Austerlitz que pour le choléra ; guerre ténébreuse, obscure, inquiète, reculante, fatale ; guerre mystérieuse que ceux-là mêmes qui la font ne comprennent pas, tant elle est pleine de la providence ; redoutable