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monde à l’œuvre. Puisque le passé s’obstine, regardons-le. Voyons successivement toutes ses figures : à Tunis, c’est le pal ; chez le czar, c’est le knout ; chez le pape, c’est le garrot ; en France, c’est la guillotine ; en Angleterre, c’est le gibet ; en Asie et en Amérique, c’est le marché d’esclaves. Ah ! tout cela s’évanouira ! Nous les anarchistes, nous les démagogues, nous les buveurs de sang, nous vous le déclarons, à vous les conservateurs et les sauveurs, la liberté humaine est auguste, l’intelligence humaine est sainte, la vie humaine est sacrée, l’âme humaine est divine. Pendez maintenant !

Prenez garde. L’avenir approche. Vous croyez vivant ce qui est mort et vous croyez mort ce qui est vivant. La vieille société est debout, mais morte, vous dis-je. Vous vous êtes trompés. Vous avez mis la main dans les ténèbres sur le spectre et vous en avez fait votre fiancée. Vous tournez le dos à la vie ; elle va tout à l’heure se lever derrière vous. Quand nous prononçons ces mots, progrès, révolution, liberté, humanité, vous souriez, hommes malheureux, et vous nous montrez la nuit où nous sommes et où vous êtes. Vraiment, savez-vous ce que c’est que cette nuit ? Apprenez-le, avant peu les idées en sortiront énormes et rayonnantes. La démocratie, c’était hier la France ; ce sera demain l’Europe. L’éclipse actuelle masque le mystérieux agrandissement de l’astre.

Je suis, monsieur, votre serviteur,

VICTOR HUGO.

Marine-Terrace, 11 février 1854.