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RÉPONSE DE M. VICTOR HUGO

DIRECTEUR DE L’ACADÉMIE FRANÇAISE

AU DISCOURS DE M. SAINTE-BEUVE

27 février 1845.


Monsieur,

Vous venez de rappeler avec de dignes paroles un jour que n’oubliera aucun de ceux qui l’ont vu. Jamais regrets publics ne furent plus vrais et plus unanimes que ceux qui accompagnèrent jusqu’à sa dernière demeure le poëte éminent dont vous venez aujourd’hui occuper la place. Il faut avoir bien vécu, il faut avoir bien accompli son œuvre et bien rempli sa tâche pour être pleuré ainsi. Ce serait une chose grande et morale que de rendre à jamais présentes à tous les esprits ces graves et touchantes funérailles. Beau et consolant spectacle, en effet ! cette foule qui encombrait les rues, aussi nombreuse qu’un jour de fête, aussi désolée qu’un jour de calamité publique ; l’affliction royale manifestée en même temps que l’attendrissement populaire ; toutes les têtes nues sur le passage du poëte, malgré le ciel pluvieux, malgré la froide journée d’hiver ; la douleur partout, le respect partout ; le nom d’un seul homme dans toutes les bouches, le deuil d’une seule famille dans tous les cœurs !

C’est qu’il nous était cher à tous ! c’est qu’il y avait dans son talent cette dignité sérieuse, c’est qu’il y avait dans ses œuvres cette empreinte de méditation sévère qui appelle la sympathie, et qui frappe de respect quiconque a