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s’opère de tous côtés, toutes critiques faites, toutes restrictions admises, dans le temps où nous sommes, ce qui est au fond des intelligences est bon. Tous font leur tâche et leur devoir, l’industriel comme le lettré, l’homme de presse comme l’homme de tribune, tous, depuis l’humble ouvrier, bienveillant et laborieux, qui se lève avant le jour dans sa cellule obscure, qui accepte la société et qui la sert, quoique placé en bas, jusqu’au roi, sage couronné, qui du haut de son trône laisse tomber sur toutes les nations les graves et saintes paroles de la concorde universelle !

À une époque aussi sérieuse, il faut de sérieux conseils. Quoiqu’il soit presque téméraire d’entreprendre une pareille tâche, permettez-moi, monsieur, à moi qui n’ai jamais eu le bonheur d’être du nombre de vos auditeurs, et qui le regrette, de me représenter, tel qu’il doit être, tel qu’il est sans nul doute, et d’essayer de faire parler un moment en votre présence, ainsi que je le comprendrais, du moins à son point de départ, ce haut enseignement de l’état, toujours recueilli, j’insiste sur ce point, comme une leçon par la foule studieuse et par les jeunes générations, parfois même méritant l’insigne honneur d’être accepté comme un avertissement par l’érudit, par le savant, par le publiciste, par le talent qui fertilise le vieux sillon littéraire, même par ces hommes éminents et solitaires qui dominent toute une époque, appuyés à la fois sur l’idée dont Dieu a composé leur siècle et sur l’idée dont Dieu a composé leur esprit.

Lettrés ! vous êtes l’élite des générations, l’intelligence des multitudes résumée en quelques hommes, la tête même de la nation. Vous êtes les instruments vivants, les chefs visibles d’un pouvoir spirituel redoutable et libre. Pour n’oublier jamais quelle est votre responsabilité, n’oubliez jamais quelle est votre influence. Regardez vos aïeux, et ce qu’ils ont fait ; car vous avez pour ancêtres tous les génies qui depuis trois mille ans ont guidé ou égaré, éclairé ou troublé le genre humain. Ce qui se dégage de tous leurs travaux, ce qui résulte de toutes leurs épreuves, ce qui sort de toutes leurs œuvres, c’est l’idée de leur puissance. Homère a fait plus qu’Achille, il a fait