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le grand ; vivant ensemble enfin, frères plus encore que confrères, dans l’étude des livres et de la nature, dans la religion du beau et de l’idéal, dans la contemplation des maîtres éternels.

Ce sera pour vous-même, monsieur, un enseignement intérieur qui profitera, n’en doutez pas, à votre enseignement du dehors. Même votre intelligence si cultivée, même votre parole si vive, si variée, si spirituelle et si justement applaudie, pourront se nourrir et se fortifier au commerce de tant d’esprits hauts et tranquilles, et en particulier de ces nobles vieillards, vos anciens et vos maîtres, qui sont tout à la fois pleins d’autorité et de douceur, de gravité et de grâce, qui savent le vrai et qui veulent le bien.

Vous, monsieur, vous apporterez aux délibérations de l’académie vos lumières, votre érudition, votre esprit ingénieux, votre riche mémoire, votre langage élégant. Vous recevrez et vous donnerez.

Félicitez-vous des forces nouvelles que vous acquerrez ainsi près de vos vénérables confrères pour votre délicate et difficile mission. Quoi de plus efficace et de plus élevé qu’un enseignement littéraire pénétré de l’esprit si impartial, si sympathique et si bienveillant, qui anime à l’heure où nous sommes cette antique et illustre compagnie ! Quoi de plus utile qu’un enseignement littéraire, docte, large, désintéressé, digne d’un grand corps comme l’institut et d’un grand peuple comme la France, sujet d’étude pour les intelligences neuves, sujet de méditation pour les talents faits et les esprits mûrs ! Quoi de plus fécond que des leçons pareilles qui seraient composées de sagesse autant que de science, qui apprendraient tout aux jeunes gens, et quelque chose aux vieillards !

Ce n’est pas une médiocre fonction, monsieur, de porter le poids d’un grand enseignement public dans cette mémorable et illustre époque, où de toutes parts l’esprit humain se renouvelle. À une génération de soldats ce siècle a vu succéder une génération d’écrivains. Il a commencé par les victoires de l’épée, il continue par les victoires de la pensée. Grand spectacle !

À tout prendre, en jugeant d’un point de vue élevé l’immense travail qui