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de plus en plus sainte et vénérable aux yeux de la foule, trop prompte à l’ironie et trop disposée à l’insouciance, cette pure et noble compagne de l’homme, si forte quelquefois, souvent si accablée, toujours si résignée, presque égale à l’homme par la pensée, supérieure à l’homme par tous les instincts mystérieux de la tendresse et du sentiment, n’ayant pas à un aussi haut degré, si l’on veut, la faculté virile de créer par l’esprit, mais sachant mieux aimer, moins grande intelligence peut-être, mais à coup sûr plus grand cœur. Les esprits légers la blâment et la raillent aisément ; le vulgaire est encore païen dans tout ce qui la touche, même dans le culte grossier qu’il lui rend ; les lois sociales sont rudes et avares pour elle ; pauvre, elle est condamnée au labeur ; riche, à la contrainte ; les préjugés, même en ce qu’ils ont de bon et d’utile, pèsent plus durement sur elle que sur l’homme ; son cœur même, si élevé et si sublime, n’est pas toujours pour elle une consolation et un asile ; comme elle aime mieux, elle souffre davantage ; il semble que Dieu ait voulu lui donner en ce monde tous les martyres, sans doute parce qu’il lui réserve ailleurs toutes les couronnes. Mais aussi quel rôle elle joue dans l’ensemble des faits providentiels d’où résulte l’amélioration continue du genre humain ! Comme elle est grande dans l’enthousiasme sérieux des contemplateurs et des poëtes, la femme de la civilisation chrétienne ; figure angélique et sacrée, belle à la fois de la beauté physique et de la beauté morale, car la beauté extérieure n’est que la révélation et le rayonnement de la beauté intérieure ; toujours prête à développer, selon l’occasion ou une grâce qui nous charme ou une perfection qui nous conseille ; acceptant tout du malheur, excepté le fiel, devenant plus douce à mesure qu’elle devient plus triste ; sanctifiée enfin, à chaque âge de la vie, jeune fille, par l’innocence, épouse, par le devoir, mère, par le dévouement !

M. Campenon faisait partie de l’université ; l’académie, pour le remplacer, a cherché ce que l’université pouvait lui offrir de plus distingué ; son choix, monsieur, s’est naturellement fixé sur vous. Vos travaux littéraires sur l’Allemagne, vos recherches sur l’état de l’instruction intermédiaire dans ce grand pays, vous recommandaient