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tirer dans leurs vers des qualités infinies et des grâces de la femme, qui a tant de soucis et si peu de véritable bonheur ici-bas ? Ce serait honorable pour nous, littérateurs et philosophes, de chercher dans nos ouvrages à éveiller l’intérêt en faveur des femmes, un peu déshéritées par les hommes, convenons-en, dans l’ordre de société que nous avons fait pour nous plutôt que pour elles. Vous avez dédié aux femmes tout un poëme ; je leur dédierais volontiers toute ma poésie. » Il y a, dans ce peu de lignes, une lumière jetée sur cette nature tendre, compatissante et affectueuse. Toutes ses compositions, en effet, sont pour ainsi dire doucement éclairées par une figure de femme, belle et lumineuse, penchée comme une muse sur le front souffrant et douloureux du poëte. C’est Éléonore dans son poëme du Tasse, malheureusement inachevé ; c’est, dans ses élégies, la jeune fille malade, la juive de Cambrai, Marie Stuart, mademoiselle de la Vallière ; ailleurs, madame de Sévigné. Toi, Sévigné, dit-il,

Toi qui fus mère et ne fus pas auteur.

C’est, dans la parabole de l’Enfant prodigue, cette intervention de la mère que vous lui avez d’ailleurs, monsieur, justement reprochée ; anachronisme d’un cœur irréfléchi et bon, qui se montre chrétien et moderne là où il faudrait être juif et antique ; et qui reste indulgent dans un sujet sévère ; faute réelle, mais charmante.

Quant à moi, je ne puis, je l’avoue, lire sans un certain attendrissement ce vœu touchant de M. Campenon en faveur de la femme qui a, je redis ses propres paroles, tant de soucis et si peu de bonheur ici-bas. Cet appel aux écrivains vient, on le sent, du plus profond de son âme. Il l’a souvent répété çà et là, sous des formes variées, dans tous ses ouvrages, et chaque fois qu’on retrouve ce sentiment, il plaît et il émeut, car rien ne charme comme de rencontrer dans un livre des choses douces qui sont en même temps des choses justes.

Oh ! que ce vœu soit entendu ! que cet appel ne soit pas fait en vain ! Que le poëte et le penseur achèvent de rendre