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inachevé, surtout quand ce fait contient une telle végétation d’événements futurs. Entre l’histoire et l’historien la disproportion est trop grande.

Rien de plus colossal. Le total échappe. Regardez ce qui est déjà derrière nous. La Terreur est un cratère, la Convention est un sommet. Tout l’avenir est en fermentation dans ces profondeurs. Le peintre est effaré par l’inattendu des escarpements. Les lignes trop vastes dépassent l’horizon. Le regard humain a des limites, le procédé divin n’en a pas. Dans ce tableau à faire vous vous borneriez à un seul personnage, prenez qui vous voudrez, que vous y sentiriez l’infini. D’autres horizons sont moins démesurés. Ainsi, par exemple, à un moment donné de l’histoire, il y a d’un côté Tibère et de l’autre Jésus. Mais le jour où Tibère et Jésus font leur jonction dans un homme et s’amalgament dans un être formidable ensanglantant la terre et sauvant le monde, l’historien romain lui-même aurait un frisson, et Robespierre déconcerterait Tacite. Par moments on craint de finir par être forcé d’admettre une sorte de loi morale mixte qui semble se dégager de tout cet inconnu. Aucune des dimensions du phénomène ne s’ajuste à la nôtre. La hauteur est inouïe et se dérobe à l’observation. Si grand que soit l’historien, cette énormité le déborde. La Révolution française racontée par un homme, c’est un volcan expliqué par une fourmi.


XII


Que conclure ? Une seule chose. En présence de cet ouragan énorme, pas encore fini, entr’aidons-nous les uns les autres.

Nous ne sommes pas assez hors de danger pour ne point nous tendre la main.

Ô mes frères, réconcilions-nous.

Prenons la route immense de l’apaisement. On s’est assez haï. Trêve. Oui, tendons-nous tous la main. Que les