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Prévoir ressemble quelquefois à errer ; le vrai trop lointain fait sourire.

Dire qu’un œuf a des ailes, cela semble absurde et cela est pourtant véritable.

L’effort du penseur, c’est de méditer utilement.

Il y a la méditation perdue qui est rêverie, et la méditation féconde qui est incubation. Le vrai penseur couve.

C’est de cette incubation que sortent, à des heures voulues, les diverses formes du progrès destinées à s’envoler dans le grand possible humain, dans la réalité, dans la vie.

Arrivera-t-on à l’extrémité du progrès ?

Non.

Il ne faut pas rendre la mort inutile. L’homme ne sera complet qu’après la vie.

Approcher toujours, n’arriver jamais ; telle est la loi. La civilisation est une asymptote.

Toutes les formes du progrès sont la Révolution.

La Révolution, c’est là ce que nous faisons, c’est là ce que nous pensons, c’est là ce que nous parlons, c’est là ce que nous avons dans la bouche, dans la poitrine, dans l’âme.

La Révolution, c’est la respiration nouvelle de l’humanité.

La Révolution, c’est hier, c’est aujourd’hui, et c’est demain.

De là, disons-le, la nécessité et l’impossibilité d’en faire l’histoire.

Pourquoi ?

Parce qu’il est indispensable de raconter hier et parce qu’il est impossible de raconter demain.

On ne peut que le déduire et le préparer. C’est ce que nous tâchons de faire.

Insistons, cela n’est jamais inutile, sur cette immensité de la Révolution.