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mais qu’importe si l’humanité grandit et se délivre ! qu’importe nos douleurs si les questions avancent, si les problèmes se simplifient, si les solutions mûrissent, si à travers la claire-voie des impostures et des illusions on aperçoit de plus en plus distinctement la vérité ! qu’importe dix-neuf ans de froide bise à l’étranger, qu’importe l’absence mal reçue au retour, si devant l’ennemi Paris charmant devient Paris sublime, si la majesté de la grande nation s’accroît par le malheur, si la France mutilée laisse couler par ses plaies de la vie pour le monde entier ! qu’importe si les ongles repoussent à cette mutilée, et si l’heure de la restitution arrive ! qu’importe si, dans un prochain avenir, déjà distinct et visible, chaque nationalité reprend sa figure naturelle, la Russie jusqu’à l’Inde, l’Allemagne jusqu’au Danube, l’Italie jusqu’aux Alpes, la France jusqu’au Rhin, l’Espagne ayant Gibraltar, et Cuba ayant Cuba ; rectifications nécessaires à l’immense amitié future des nations ! C’est tout cela que nous avons voulu. Nous l’aurons.

Il y a des saisons sociales, il y a pour la civilisation des traversées climatériques, qu’importe notre fatigue dans l’ouragan ! et qu’est-ce que cela fait que nous ayons été malheureux si c’est pour le bien, si décidément le genre humain passe de son décembre à son avril, si l’hiver des despotismes et des guerres est fini, s’il ne nous neige plus de superstitions et de préjugés sur la tête, et si, après toutes les nuées évanouies, féodalités, monarchies, empires, tyrannies, batailles et carnages, nous voyons enfin poindre à l’horizon rose cet éblouissant floréal des peuples, la paix universelle !


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Dans tout ce que nous disons ici, nous n’avons qu’une prétention, affirmer l’avenir dans la mesure du possible.