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de sa main, dans son logis de la cour du Commerce. Quant à Robespierre, sur dix harangues, neuf sont écrites. Dans les nuits qui précédaient son apparition à la tribune, il écrivait ce qu’il devait dire, lentement, correctement, sur sa petite table de sapin, avec un Racine ouvert sous les yeux.

L’improvisation a un avantage, elle saisit l’auditoire ; elle saisit aussi l’orateur, c’est là son inconvénient. Elle le pousse à ces excès de polémique oratoire qui sont comme le pugilat de la tribune. Celui qui parle ici, réserve faite de la méditation préalable, n’a prononcé dans les assemblées que des discours improvisés. De là des violences de paroles, de là des fautes. Il s’en accuse.


IX


Ces hommes des anciennes majorités ont fait tout le mal qu’ils ont pu. Voulaient-ils faire le mal ? Non ; ils trompaient, mais ils se trompaient, c’est là leur circonstance atténuante. Ils croyaient avoir la vérité, et ils mentaient au service de la vérité. Leur pitié pour la société était impitoyable pour le peuple. De là tant de lois et tant d’actes aveuglément féroces. Ces hommes, plutôt cohue que sénat, assez innocents au fond, criaient pêle-mêle sur leurs bancs, ayant des ressorts qui les faisaient mouvoir, huant ou applaudissant selon le fil tiré, proscrivant au besoin, pantins pouvant mordre. Ils avaient pour chefs les meilleurs d’entre eux, c’est-à-dire les pires. Celui-ci, ancien libéral rallié aux servitudes, demandait qu’il n’y eût plus qu’un seul journal, le Moniteur, ce qui faisait dire à son voisin l’évêque Parisis : Et encore ! Cet autre, pesamment léger, académicien de l’espèce qui parle bien et écrit mal. Cet autre, habit noir, cravate blanche, cordon rouge, gros souliers, président, procureur, tout ce qu’on veut, qui eût pu être Cicéron s’il n’avait été Gui Patin, jadis avocat spirituel, le dernier des lâches. Cet autre, homme de simarre