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En dehors des discours purement de réplique et de combat, tous les discours de tribune qu’on trouvera dans ce livre ont été ce qu’on appelle improvisés. Expliquons-nous sur l’improvisation. L’improvisation, dans les graves questions politiques, implique la préméditation, provisam rem, dit Horace. La préméditation fait que, lorsqu’on parle, les mots ne viennent pas malgré eux ; la longue incubation de l’idée facilite l’éclosion immédiate de l’expression. L’improvisation n’est pas autre chose que l’ouverture subite et à volonté de ce réservoir, le cerveau, mais il faut que le réservoir soit plein. De la plénitude de la pensée résulte l’abondance de la parole. Au fond, ce que vous improvisez semble nouveau à l’auditoire, mais est ancien chez vous. Celui-là parle bien qui dépense la méditation d’un jour, d’une semaine, d’un mois, de toute sa vie parfois, en une parole d’une heure. Les mots arrivent aisément surtout à l’orateur qui est écrivain, qui a l’habitude de leur commander et d’être servi par eux, et qui, lorsqu’il les sonne, les fait venir. L’improvisation, c’est la veine piquée, l’idée jaillit. Mais cette facilité même est un péril. Toute rapidité est dangereuse. Vous avez chance et vous courez risque de mettre la main sur l’exagération et de la lancer à vos ennemis. Le premier mot venu est quelquefois un projectile. De là l’excellence des discours écrits.

Les assemblées y reviendront peut-être.

Est-ce qu’on peut être orateur avec un discours écrit ? On a fait cette question. Elle est étrange. Tous les discours de Démosthène et de Cicéron sont des discours écrits. Ce discours sent l’huile, disait le zoïle quelconque de Démosthène. Royer-Collard, ce pédant charmant, ce grand esprit étroit, était un orateur ; il n’a prononcé que des discours écrits ; il arrivait, et posait son cahier sur la tribune. Les trois quarts des harangues de Mirabeau sont des harangues écrites, qui parfois même, et nous le blâmons de ceci, ne sont pas de Mirabeau ; il débitait à la tribune, comme de lui, tel discours qui était de Talleyrand, tel discours qui était de Malouet, tel discours qui était de je ne sais plus quel suisse dont le nom nous échappe. Danton écrivait souvent ses discours ; on en a retrouvé des pages, toutes